les graciées Kiran Millwood Hargrave
Drames,  Romans Féministes,  Romans historiques

Les Graciées – KIRAN MILLWOOD HARGRAVE

Découvert grâce à la recommandation d’une amie, j’avais un peu peur que ce roman soit sombre et trop lent. Tiré d’une histoire vraie, “Les Graciées” de Kiran Millwood Hargrave se révèle un roman fort et féministe. Mais il faut l’avouer, teinté d’une froide noirceur…

Résumé

Au 17eme siècle, une tempête s’abat sur Vardø, petit village au nord du cercle polaire, en Norvège. Tous les hommes du village meurent noyés au retour de la pêche, laissant les femmes seules face à leur survie et à leur destin. Trois ans plus tard, Absalom Cornet arrive d’Ecosse, accompagné de sa femme. En tant que délégué du gouverneur, il est convaincu qu’il faut “purifier” cette société de femmes, touchée par le diable.

Mon avis littéraire

Les premiers chapitres nous plongent tout de suite dans l’ambiance de ce village au fin fond du nord. On imagine le froid mordant y compris en plein cœur de l’été, les journées courtes puis très longues, les falaises, la mer, les vagues, les baleines, les petites maisons… C’est sombre, le temps s’étire là bas.. Un village qui a perdu tous ses hommes, et des femmes qui croient que le pire est passé! Mais elles ne peuvent pas imaginer ce qui est à venir. Car les épreuves qui les attendent seront teintées de malheur et d’horreur, et s’ajouteront à l’épreuve qu’elles traversent déjà. Ces femmes ne le savent pas mais, à la même époque, le roi Christian IV de Norvège a promulgué des lois contre la sorcellerie, et cela va avoir des conséquences graves sur la vie au sein de Vardø.

Le livre alterne des chapitres sur Maren et sur Ursa. Maren est l’une des villageoises survivantes qui a perdu son frère, son père et son fiancé dans la tempête. Ursa est la jeune épouse d’Absalom Cornet que l’on suit depuis son mariage arrangé jusqu’à son arrivée sur l’Ile. Les histoires se rejoignent et se mélangent ensuite avec un fil narratif commun.

Les personnages

La lumière au sein de ce sombre décor dans “Les Graciées” provient d’une poignée de femmes qui tentent de s’adapter et de survivre. Ce sont des femmes comme Kristen, qui portent des pantalons et vont pêcher plutôt que de mourir de faim en robe : comment leur reprocher et pourtant !
Mais aussi comme Ursa, l’épouse soumise – insoumise : son personnage est celui qui m’a le plus touché. C’est à partir de son apparition dans le roman que j’ai commencé à tourner frénétiquement les pages, sans elle j’aurais eu peur de m’ennuyer ! C’est aussi Diina, la belle-sœur Sami de Maren, qui refuse de renier ses croyances et de se rendre à l’Eglise sous la menace…

Oh il n’y a pas que des héroïnes car, comme partout et de tous temps, certains sont prêts à renier les leurs par croyance, par peur de la religion, par attrait du pouvoir, par jalousie…

Les femmes sont au centre de la narration et les hommes ne sont pas très développés. Il y en peu et leur portrait n’est pas flatteur. Absalom Cornet a pourtant un rôle central qui méritait un personnage plus approfondi. C’est finalement un des personnages centraux, le déclencheur d’un changement de la dynamique du village, or on sait peu de lui. Il a même très peu de dialogues. Mais c’est sûrement un choix de l’auteure Kiran Millwood Hargrave, pour nous plonger complètement dans le point de vue de deux femmes, Ursa, et Maren.

Ces deux personnages centraux développent un lien fort, deux âmes perdues qui se (re)trouvent au milieu de la tourmente. Dommage que l’auteure ait donné à leur histoire, déjà unique, une tournure qui, à mon sens, n’était pas nécessaire.

Pour conclure sur “Les Graciées” de Kiran Millwood Hargrave

C’est le genre d’histoire à laquelle vous continuez de penser après avoir lu la dernière page. J’ai été hantée quelques temps par ces femmes et ces hommes, la stupidité et la méchanceté de l’Homme (avec un grand H),.. Mais c’est aussi une ode au féminisme, à la résistance, à la différence et l’affirmation de soi. C’est un livre puissant, étonnant, et qui donne à réfléchir. Surtout qu’il est tiré d’une histoire vraie… Belle époque que celle-ci! Et dire que dans le monde certaines femmes subissent encore les traditions imposées et sont jugées dès qu’elles sortent du cadre 🙁

Pourtant, ne sommes-nous tous pas des sorcières au fond ?

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Extraits

“Elle enferme ses seins, son dos et, entre les deux, son cœur dans sa veste d’hiver, qu’elle sert fort contre elle.”

“Le pasteur les observe depuis son petit perron, délivre ses sermons sur les vertus de l’Eglise et de ses serviteurs avec une ferveur croissante. Et pourtant, Maren sent parmi les femmes un changement, un revirement. Quelque chose semble se tramer, quelque chose de sombre. De moins en moins intéressée par les paroles du pasteur, elle s’absorbe dans son travail : pêcher, couper du bois, préparer les champs. A l’église, son esprit dérive comme un bateau détaché. Son esprit est en mer, avec des rames à la main et des crampes dans les bras.”

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